Auteur Sujet: Art et canoe kayak  (Lu 95844 fois)

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Re : Art et canoe kayak
« Réponse #75 le: 13 novembre 2014, 16:50:36 »
tout n'est pas a jete mais le coup du parpaing, c'est enorme
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Re : Art et canoe kayak
« Réponse #76 le: 13 novembre 2014, 18:12:37 »
c'est pas un parpaing mais un hourdis (ou entrevous)  :p

ceci dit ça ne doit pas déranger le mec du centre pompidou qui ne sait même pas qu'il y a une différence entre canoë et kayak...... :mur:
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Re : Art et canoe kayak
« Réponse #77 le: 13 novembre 2014, 18:56:53 »
c'est pas un parpaing mais un hourdis (ou entrevous)  :p

Merci pour la précision, Samyomel! On sent le regard du pro  :D
Pour ce qui concerne le mec du centre Pompidou, il ne se mouille pas, il dit "canoe-kayak". La confusion entre canoe et kayak, on la rencontre souvent un peu partout...
 
Bon, si vous voulez bien, je passe à autre chose: l'art Inuit.
A priori je n'y connaissais rien ou presque. Je pensais trouver pas mal d'oeuvres autour du kayak, dans les dessins ou objets sculptés, mais en fait pas tellement.
Les kayaks qu'on trouve dans l'art inuit (qu'on ne me demande pas de le définir  :( !), ce sont surtout des modèles réduits, des sortes de maquettes, qui datent du milieu du 19ème siècle début du 20ème.
 
Ce sont de beaux objets, ils comportent plein de détails sur le matériel, et souvent une petite marionnette de l'homme dans son kayak.
 
 
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Re : Art et canoe kayak
« Réponse #78 le: 13 novembre 2014, 19:06:00 »
Quelles étaient les fonctions de ces "maquettes", je ne sais pas trop.
Des jouets pour les enfants?
Des objets servant de support aux contes, la culture Inuit étant essentiellement orale?
 
Ce texte de Lévi-Strauss, qui fait suite au précédent sur le bricolage, extrait de "La pensée sauvage" toujours, explique assez bien ce processus d'"art-modèle réduit".
 
 
Pour l'ethnologue Claude Lévi-Strauss , l'art est un moyen pour l'homme de s'approprier la réalité, matériellement et intellectuellement : l'analogie entre l'art et le modèle réduit permet de rendre compte de cette appropriation.

"La question se pose de savoir si le modèle réduit, qui est aussi le «chef-d'oeuvre» du compagnon, n'offre pas, toujours et partout, le type même de l'oeuvre d'art. Car il semble bien que tout modèle réduit ait vocation esthétique - et d'où tirerait-il cette vertu constante, sinon de ses dimensions mêmes? Inversement, l'immense majorité des oeuvres d'art sont aussi des modèles réduits. On pourrait croire que ce caractère tient d'abord à un souci d'économie, portant sur les matériaux et sur les moyens, et invoquer à l'appui de cette interprétation des oeuvres incontestablement artistiques, bien que monumentales. Encore faut-il s'entendre sur les définitions : les peintures de la chapelle Sixtine sont un modèle réduit en dépit de leurs dimensions imposantes, puisque le thème qu'elles illustrent est celui de la fin des temps. Il en est de même avec le symbolisme cosmique des monuments religieux. D'autre part, on peut se demander si l'effet esthétique, disons d'une statue équestre plus grande que nature, provient de ce qu'elle agrandit un homme aux dimensions d'un rocher, et non de ce qu'elle ramène ce qui est d'abord, de loin, perçu comme un rocher aux dimensions d'un homme. Enfin, même la « grandeur nature » suppose un modèle réduit, puisque la transposition graphique ou plastique implique toujours la renonciation à certaines dimensions de l'objet : en peinture, le volume ; les couleurs, les odeurs, les impressions tactiles, jusque dans la sculpture ; et, dans les deux cas, la dimension temporelle, puisque le tout de l'oeuvre figurée est appréhendé dans l'instant.
Quelle vertu s'attache donc à la réduction, que celle-ci soit d'échelle, ou qu'elle affecte les propriétés ? (...)
À l'inverse de ce qui se passe quand nous cherchons à connaître une chose ou un être en taille réelle, dans le modèle réduit la connaissance du tout précède celle des parties. Et même si c est là une illusion, la raison du procédé est de créer ou d'entretenir cette illusion, qui gratifie l'intelligence et la sensibilité d'un plaisir qui, sur cette seule base, peut déjà être appelé esthétique.
Nous n'avons jusqu'ici envisagé que des considérations d'échelle, qui, comme on vient de le voir, impliquent une relation dialectique entre grandeur - c'est-à-dire quantité - et la qualité. Mais le modèle réduit possède un attribut supplémentaire : il est construit, man made, et, qui plus est,   « fait à la main ». Il n'est donc pas une simple projection, un homologue passif de l'objet : il constitue une véritable expérience sur l'objet; or, dans la mesure où le modèle est artificiel, il devient possible de comprendre comment il est fait, et cette appréhension du mode de fabrication apporte une dimension supplémentaire à son être ; de plus - nous l'avons vu à propos du bricolage, mais l'exemple des « manières » des peintres montre que c'est aussi vrai pour l'art -, le problème comporte toujours plusieurs solutions. Comme le choix d'une solution entraîne une modification du résultat auquel aurait conduit une autre solution, c'est donc le tableau général de ces permutations qui se trouve virtuellement donné, en même temps que la solution particulière offerte au regard du spectateur, transformé de ce fait - sans même qu'il le sache - en agent. (...) Autrement dit, la vertu intrinsèque du modèle réduit est qu'il compense la renonciation à des dimensions sensibles par l'acquisition de dimensions intelligibles".
Claude Lévi-Strauss, La Pensée sauvage, Plon, 1962, p. 34-36.
« Modifié: 13 novembre 2014, 19:07:57 par ours »
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Re : Art et canoe kayak
« Réponse #79 le: 13 novembre 2014, 21:26:29 »
.
c'est pas un parpaing mais un hourdis (ou entrevous) citation de : samyomel

comme quoi , j'y connais rien à l'art :lol:

 
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suzan

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Re : Art et canoe kayak
« Réponse #80 le: 13 novembre 2014, 23:28:47 »



Merci Ours, pour ton long travail qui nous montre les représentations de "l'eau avec embarcation" de l'Antiquité à nos jours  :good:   Rites funéraires, Symboliques du Passage, dans le dépouillement ou l'apparat, de vie à trépas.


Il faut reconnaitre que l'eau n'y est guère miraculeuse, encore moins de Jouvence. Voir un être vivant , ou son fantôme, ou son âme, représenté, figé dans une embarcation sur une étendue d'eau, peut être pas plus grande qu'une mare ou une bassine, n'est pas des plus réjouissant.


Double visage des lacs et rivières : bucoliques et chantants ou déserts maléfiques ? Il suffit d'un rien pour cette transformation : un coup de vent froid, un ciel obscurci. Dans les contes, on dit de ces lieux qu'ils sont ensorcelants, donc trompeurs ! -  Et en rivière, l'eau coule vers le bas -  En lac, elle stagne.


L'eau est aussi symbole de l'inconscient, du "ni commencement ni fin", insaisissable. Elle serait régénératrice à condition de ne pas y moisir.  Mais ici, sur des rives sans horizon et sans port, nous voyons des âmes en peine qui suscitent notre compassion et notre compréhension. D'autres, Indiens,  Inuits, sont identifiés, c'est déjà quelque chose, ils vont quelque part et ont l'air d'en revenir ...


Alors, pour conclure sur mon petit ressenti  ;)  ,  le "bricoleur", qui pour moi est un artisan né, sur-doué,  peut transmettre son savoir, les étapes de sa réflexion et de ses réalisations, ses méthodes de travail,  mais pas son inlassable curiosité technique ni son habileté manuelle.  C'est un chercheur, un constructeur, et pour lui-même et parfois pour tous,  un inventeur.   
L'artiste, lui,   nous transmet à la fois ce qui est en nous et en lui. Par son regard singulier, unique, il appelle et éveille  les nôtres, singuliers et uniques. A chacun de nous d'inventer l'histoire que lui seul raconte.
Pour moi, c'est ce que tu montres Ours :) [size=78%] [/size]


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Re : Art et canoe kayak
« Réponse #81 le: 14 novembre 2014, 22:03:03 »

Pour moi, c'est ce que tu montres Ours :)

Merci à toi Suzan :jap:
 
Ton message est dense, je vais prendre un peu de temps pour tâcher de te répondre à la hauteur.
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suzan

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Re : Art et canoe kayak
« Réponse #82 le: 15 novembre 2014, 19:19:17 »
Cool la vie ! pour une fois que je n'ai pas posé de question ! :lol:   

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Re : Art et canoe kayak
« Réponse #83 le: 26 novembre 2014, 19:40:36 »
c'est pas un parpaing mais un hourdis (ou entrevous)  :p

Merci pour la précision, Samyomel! On sent le regard du pro  :D

Avant de poursuivre, il est peut-être nécessaire que j'explique mieux cette réponse afin qu'il n'y ait aucune ambiguité:
"le regard du pro", je voulais dire "du professionnel en maçonnerie", le métier de Samyomel.
Ce qui lui permet de préciser la différence entre un parpaing et un hourdis (ou entrevous), que j'ignorais comme la plupart d'entre nous sans doute.
Il y a une grande différence de fonction entre les deux, mais il faut avoir un vrai "regard de pro" pour la capter en voyant la video.
 :jap:
 
 
« Modifié: 26 novembre 2014, 20:32:22 par ours »
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Re : Art et canoe kayak
« Réponse #84 le: 26 novembre 2014, 21:20:26 »
Alors, pour conclure sur mon petit ressenti  ;)  ,  le "bricoleur", qui pour moi est un artisan né, sur-doué,  peut transmettre son savoir, les étapes de sa réflexion et de ses réalisations, ses méthodes de travail,  mais pas son inlassable curiosité technique ni son habileté manuelle.  C'est un chercheur, un constructeur, et pour lui-même et parfois pour tous,  un inventeur.   
L'artiste, lui,   nous transmet à la fois ce qui est en nous et en lui. Par son regard singulier, unique, il appelle et éveille  les nôtres, singuliers et uniques. A chacun de nous d'inventer l'histoire que lui seul raconte.
Pour moi, c'est ce que tu montres Ours :)

Qu'est ce que je veux montrer dans ce fil?
Deux choses qui vont de paire:
- d'une part que l'art, ce n'est pas un truc de musées, de bouquins, etc... mais un miroir toujours actuel et vivant de nos activités. A travers la variété des représentations artistiques que j'ai présentées, chacun, à un moment ou à un autre, devrait pouvoir s'y reconnaître. Que ce soit dans les bouts de bois moussus, dans les peintures impressionnistes, dans les paysages romantiques, dans les plumes flottant dans les airs, dans le beau kayak en bois lisse et mystérieux, chacun devrait pouvoir trouver une part de lui même et de ce pourquoi il aime le kayak...
- d'autre part que l'artiste existe en nous tous, potentiellement, à chacun de le faire vivre. C'est ce qui se passe dans bon nombre d'interventions sur le forum, quand l'un met beaucoup de lui même dans le récit de sa randonnée, l'autre en offrant ses photos de mer ou de rochers, l'autre en soignant son montage video, ou en construisant son beau kayak en bois...
A la fois bricoleurs, inventeurs, artisans, chercheurs, poètes... :coucou:
 
 
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Hors ligne basilic

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Re : Art et canoe kayak
« Réponse #85 le: 26 novembre 2014, 21:25:47 »
mode  :humour on: Ours, notre muse à tous  :dents:


  • feuillette eskimo

suzan

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Re : Art et canoe kayak
« Réponse #86 le: 27 novembre 2014, 01:09:05 »
 :) en tous cas, en rassemblant tes découvertes ici, tu nous a fait profiter d'une magnifique exposition, qui n'existe nulle part ailleurs  :good: :good: :good:

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Re : Art et canoe kayak
« Réponse #87 le: 28 novembre 2014, 18:59:56 »
mode  :humour on: Ours, notre muse à tous  :dents:

 :ange: :saint: :ange:
 
Tu me donnes une idée, Basilic! Aller voir du côté de la poésie, des poèmes, où il serait question de canots, canoes... kayaks, petites embarcations...
Personnellement je n'y connais pas grand chose, si quelqu'un a des idées, elles seront bienvenues!
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Hors ligne taneb

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Re : Art et canoe kayak
« Réponse #88 le: 28 novembre 2014, 19:12:09 »
Bonjour!
Déjà "le bateau ivre" (Rimbaud) pourrait être un kayak ou un surfki, avec un peu de rêve et d'imagination débridée... http://abardel.free.fr/petite_anthologie/le_bateau_ivre.htm
Bonnes navigations sur les flots oniriques...
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CARPE DIEM

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Re : Art et canoe kayak
« Réponse #89 le: 28 novembre 2014, 19:43:57 »
"le bateau ivre" (Rimbaud)


Le Bateau ivre
 
Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'œil niais des falots !

Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sures,
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour !

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir !

J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux !

J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces,
Et des lointains vers les gouffres cataractant !

Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
− Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux...

Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ;

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d'azur ;

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l'Europe aux anciens parapets !

J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
− Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles,
Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ?

Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
O que ma quille éclate ! O que j'aille à la mer !

Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.
« Modifié: 28 novembre 2014, 20:07:54 par ours »
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