Auteur Sujet: b_42 en canyonning  (Lu 883 fois)

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b_42 en canyonning
« le: 25 septembre 2015, 17:16:31 »
          Le Ruzand-Vercors 2010

Octobre 2010, le binôme que je constitue avec Gilles et qui plus tard partira pour le Chili, décide de « faire le Ruzand » en canyonning. C’est même cette sortie qui a scellé ma détermination à partir.
Or donc, un jour de cet automne 2010, Gilles me propose cette sortie. J’accepte donc chat en poche (je suis d’un naturel plutôt confiant) et me précipite sur la toile pour éditer un topo. Diantre une C150…quand même !  A coté de ça, la C70 me parait un saut de vasque. Tant qu’à serrer les fesses, j’en profiterais pour plisser les yeux pour ne pas sombrer dans les abysses de misère qui ne sauront manquer de me vouloir engloutir.
Rendez-vous pris pour un dimanche matin, directement sur site.
Arrivé prem’s vers 22h et cherchant une place pour installer mon bivouac, je tombe justement sur un autre binôme qui vient de terminer la descente, accomplie de nuit pour eux, à la lueur des frontales. Je ne peux pas dire que je soie jaloux, non, mais envieux plutôt, admiratif : le Ruzand de nuit, mince, ça « claque » ! Ma propre sortie m’en semble amoindrie. Bref, « mes » canyonnistes me confirment que le canyon est en conditions.
Je trouve donc mon emplacement, avec une roue de mon 4x4 à 20 cm de la berge du Ruzand qui coule 10 m d’un contrebas herbeux, une fausse manœuvre, un « glissouillage » hasardeux et je suis bon pour aller chercher un tracteur pour me sortir de là. C’est une nuit peuplée de rêves ou j’oscille entre Superman, héros volant et antichoc, et Superman-garagiste-dépanneur.
 Je ne glisserais pas de ma tente de toit dans la nuit, car je me retrouverais vers 9h, à prendre mon ti’dèj. En attendant Gilles qui doit me rejoindre sur place.
Dés qu’il arrive, on met en place la navette qui nous permettra de retrouver nos véhicules respectifs sans avoir à se farcir 10 km sur route, sinueuse et grimpante.
Nous laissons donc la voiture-appartement de Gilles à l’arrivée pendant que nous torturons une carte pour trouver le chemin d’accès au départ.
Sans souci, nous trouvons, sans souci, nous préparons nos sacs, insouciant nous ne prenons ni vivres de course, ni frontales
-« frontales ? »
-« pas besoin ! »
-« vivres de course, flotte ? »
-« on reste pas assez longtemps, pas la peine ! »
(Les ? c’est moi, les ! c’est Gilles)… 
C’est ainsi que vers 11h, nous nous glissons dans le lit du ruisseau.
Le début, nickel, vert, de l’eau cristalline, de belles vasques, de beaux toboggans…gentille progression en légère désescalade.
Et d’un coup, sans transition aucune, le ruisseau se resserre avec la paroi, une fissure d’un mètre de large s’ouvre sur les 150m de vide, plus le reste.
Pour le coup, on a une vue magnifique sur la vallée, un peu gâchée par le fait que le temps n’est pas franchement au beau. C’est « grisou » ou « grisailleux », c’est selon. C’est à ce moment qu’un parapente nous survole et nous fait un pt’tit « coucou »…moi qui suis aussi parapentiste, j’apprécie tout à fait ce moment.
Dans la première partie, Gilles en avait profité pour me remémorer les techniques de descente et d’assurage, mais ici, je lui abandonne les commandes bien volontiers. Il en profitera, c’est ambitieux pour expérimenter une toute nouvelle technique (pour nous) : la technique de rappel par cordelette. Dans une C50 (la cascade de 150 se fractionne en 3 relais à peu près égaux). Avec du tirage. Sans l’avoir expérimentée avant dans une petite longueur. Ambitieux vous dis-je. Et moi, confiant, je suis…je suis même un peu c…de ne pas emmètre une objection. J’aurais bien testé avant ! Bref, Gilles passe en premier, équipe une dérivation en rive gauche (comme si le tirage imposé par le ressaut 10 m plus bas ne suffisait pas), passe un ressaut rocheux 10 m plus bas. 3 coups de sifflet brefs plus tard, à moi de m’y coller. Je fais donc un gros paquet avec la somme de toutes mes peurs et me colle tout ça sous le bras pendant que j’attaque ma descente (aux enfers). Je passe la dérivation après quelques secondes de réflexion, passe le ressaut et descends plein vide sur les 40m suivants, où il faut prendre pieds sur une vire large, mais pentue et moussue, donc glissante, vire sur laquelle nous installerons le relais suivant qui nous emmènera sur une vire de la même eau.
On s’assure donc tous les deux à la longe et c’est parti pour rappeler la corde…avec une cordelette de 5 mm ! Ouf ! Ça tire fort. Humph ! C’est costaud ! Ho ! Hisse ! Ho ! Hisse !...que dalle, c’est coincé là. On insiste bien un peu, pour dire, mais la conclusion s’impose tout de même : faut remonter et décoincer ! On essaye même pas de tirer au sort à « plouf-plouf », le spéléo, c’est moi, je suis le plus léger et j’ai une meilleure technique que Gilles pour la remontée sur corde fixe. Pas le choix vous dis-je, mais les réminiscences que j’ai de mes « perigrinations spéléonesques » m’indiquent que tous les voyants sont au rouge. Du tirage, donc du frottement, ça n’a jamais été très bon pour les cordes. Surtout que là, c’est pas du 12, mais du 10. Mon matos, est un bricolage pour l’occasion (j’aime bien avoir du matos en plus « au cas où »), et c’est en grappillant 20 cm par 20 cm que j’entame mes 50 m de remontée. Sous un surplomb. Où la corde frotte à chaque montée. Avec encore 100m de vide sous les fesses. Que du bonheur ! C’est ici que j’ai l’habitude d’une technique de yoga très personnelle : j’ai la faculté d’agir sur mes muscles orbitaux, de façon à obtenir une image nette environ 1 m autour de moi, et très brouillée plus loin, ainsi, je ne vois pas ma misère. Une heure plus tard…j’arrive enfin au niveau du surplomb…il était temps (petit navireuh… ) la corde est tellement usée que la gaine est sérieusement entamée. On distingue même l’âme à travers ! Ooopsss ! Pas bon ça ! Doucement, Bruno, doucement, pas de gestes brusques surtout .Je passe ce maudit surplomb et arrive enfin au niveau de la dérivation. Je me vache sur l’amarrage pour constater que 5 m plus haut, le nœud de vache s’est coincé dans l’anneau du spit. Je fais travailler mes muscles devenus gros et durs du fait de la musculation effectuée durant ma remontée et à la fin du fin, obtient enfin le résultat escompté, à savoir le « décoinçage du machin ». Je fais passer le tout au niveau de la dérivation et  1h 30 après le début de ma remontée, je repars sur ma descente. Gilles qui commençait à trouver le temps long, m’accueille à bras ouverts. Et hop ! Ce coup-ci, on récupère notre corde. Il n’est pas loin de 16h.
C’est parti pour le 2ème relais. Il ne sera pas dit que nous ne savons pas tirer leçon de nos erreurs passées et nous repartons donc cette fois sur notre corde en double. On se retrouve 50 m plus bas et je constate donc avec plaisir que si on se casse la gueule maintenant, il ne reste que 50 m et si on arrive dans la vasque en faisant un beau « plat », on a une bonne chance tout à fait infime de mourir en bonne santé.
On se retrouve donc sur la 2 ème vire, s’assurons au relai et partons pour ravaler la corde…re-coincée !!! YAM (Y’en A Marre). Philosophe, on met notre cerveau de coté pour réutiliser nos muscles déjà bien sollicités (surtout moi), mais quedal, nada, niet, nib…coincé, sur-coincé. Là, on se demande bien : pourquoi ? (La suite de mes aventures mettra en lumière le fait que Gilles est comment dire ?..Un tantinet « chat noir ».) Et je vous assure, on a beau tirer à deux comme des malades, rien ne bouge. On essaye bien « d’ouvrir l’angle » en s’écartant de la paroi (en latéral, parce qu’en profondeur, on peut pas grand-chose, mais toujours rien. Là, Gilles fait un truc que j’adore, mais vraiment, c’est se désencorder pour longer la vire, s’échapper en rive droite pour « ouvrir l’angle » de tirage et ainsi, espérer de sortir de cette situation fâcheuse, car l’arrivée n’est pas pour tout de suite et nous n’avons qu’une seule corde (je compte pour rien la nouille de 15 m qui sert sur les petits ressauts.) Relativisons tout de même, c’est raide, méga-glissant, roche pourrie, mais si Gilles se casse la gueule 50 m plus bas dans 50 cm d’eau, ce sera en plusieurs fois, la pente n’étant pas rigoureusement verticale. Le voici donc se retrouvant 2 m au dessus de moi, décalé sur la gauche,et ayant trouvé un buis souffreteux qui s’accroche là désespérément, essaye de s’en servir comme point fixe pour établir un moufflage que nous espérons salvateur. Poulie, ti-bloc, re-poulie, Jumar, force pure et force jurons ne résolvent pas pour autant notre problème. Une demi-heure (il doit être aux alentours de 18h) plus tard, je décide de rejoindre Gilles pour lui donner la main, mais comme je suis un peu « péteux », je ne veux pas me risquer sans assurance, et décide de prendre un bout de cordelette que je mets en double et lance à Gilles pour qu’il puisse m’assurer pendant les 10 m qui me séparent de lui. Si je tombe, il tombe aussi, c’est ça une équipe. L’ayant rejoint sur un becquet terreau-rocailleux dans une pente à 45° (degré idéal pour consommer un vieux rhum), je joins mes forces aux siennes. La synergie qu’on appelle ça : 1+1=3. Pas mieux derechef. On essaye bien d’ouvrir encore l’angle en continuant à grimper et en s’éloignant du rocher, on se prend sur un gros tronc ce coup-ci (on à réussi à rejoindre la forêt.) on prend les mêmes et on recommence : pareil. Il est 18h30. Il fera sombre à 19h et nuit à 19h30. On a toujours pas de frontale (on se prend à espérer des fois qu’il en pousse une au fonds du sac, mais on a plus vite fait de se chopper une mycose qu’une frontale). Un dernier baroud d’honneur ne donnera pas plus de résultat et nous décidons d’un commun accord (surtout Gilles) qu’il est plus prudent de tout laisser là, d’essayer de trouver un échappatoire avant que la nuit que nous saurons être sans lune et nuageuse, nous rattrape. Gilles redescend donc un peu pour récupérer le sac qu’il a laissé plus bas et coupe plus bas dans la forêt. C’est rageant, on voit presque la sortie. Dans un dernier sursaut d’espoir et comme de toute façon, c’est mon chemin, je monte tout droit dans la pente en appuyant à droite, ayant pris soin de faire une « queue de vache » en bout de corde-coincée.
10 m plus haut, ayant encore « ouvert l’angle de tirage », je fais une ultime tentative, et là, miracle de la physique, la force exercée par votre serviteur devenant plus élevée que les forces de frottements, la corde se libère. Je remballe tout ça dans mon kit-bag et avec la fameuse technique le « la ramasse, je fonce directissime vers le fond du canyon, au milieu des arbres et dans une pente à 45° (toujours une pensée pour le vieux rhum). Pour progresser, le fond de texair et pour s’arrêter, s’accrocher aux arbres, pour VRAIMENT s’arrêter, écarter les jambes pour chevaucher un sapin, quitte à y laisser une des deux…vous m’avez compris).  Il est 19h et là il commence vraiment à faire sombre. Je siffle Gilles pour qu’il me rejoigne, ce qu’il fait malgré son incompréhension, car il ne sait pas que j’ai tranché le noeud gordien. Mais il sait ce que je viens de découvrir en cheminant : une belle C70. Pendant que je remets mon baudrier (un peu à moitié à l’envers, mais ça le fera bien) , il équipe avec la 100m, sauf que la partie usée et encore beaucoup plus sérieusement atteinte, il ne reste plus que l’âme de la corde. Un bon coup de canif dans tout ça et je retrouve avec une 60 et une 40. Sauf que n’ayant rien pour le mesurer, en fait, on sait pas trop. Dans le doute, on fait quand même, on balance la corde et on verra bien sur place. Quelques minutes plus tard, j’entends Gilles siffler « arrivée ! » super ! A mon tour. Je me suspends dans mon harnais de traviole, et entame ma descente. Décidemment, je ne suis pas à l’aise dans les grandes verticales. Alors qu’il ne me reste que 20 m à faire et que je retrouve de l’assurance, Gilles me crie
- « passe à droite ! »
-« peux pas ! »
-« passe à droite je te dis ! »
Je me décide donc à regarder en dessous et à droite pour constater qu’effectivement le deuxième brin est sur ma droite, que la vasque fait moins d’un mètre de profondeur, que je commence à ne même plus distinguer Gilles dans la pénombre, mais aussi et surtout qu’il manque pas loin de 7 m de corde !!! Mais comment il a fait ??? Bref, on verra plus tard, maintenant il faut que je gère la crise. Je passe à droite, récupère le brin libre, y fait une queue de vache que je frappe sur un « mousquif » qui se trouvait là par hasard, descends à fond sur mon descendeur, et en espérant que 2 m de gagnés et le frottement du brin remontant, plus la profondeur de la vasque (moins de 1 m) et Gilles à la parade, ça passe sans casse. Et ça passe. Sans casse. Tout bien nickel.
Gilles,  lui, s’est désencordé et a desescaladé sur 7 bons mètres dans un rocher devenu vraie patinoire à force d’eau et d’algue !!! Mais comment est-ce ?
Il s’est quand même tordu sérieusement une cheville en se cassant la tronche dans les 2 derniers mètres. Là, pour le coup, il fait noir, vraiment noir, on ne voit plus à 5m devant nous et la soirée n’est pas terminée. Il nous reste 6 ou 7 petits rappels (le plus haut, environ C15), plus le cheminement en fond de torrent. Il est 19h30. Le hasard (et ma clairvoyance tout de même) faisant bien les choses, il se trouve que mon téléphone portable est étanche et mini d’une bonne led, et le porte-clé de ma voiture est également équipé d’une led à dynamo (merci D4, 3€50). Gilles prendra mes clefs et moi le portable entre les dents. Il nous mènera presque jusqu'à la fin. En fait, on l’aura aussi fait de nuit notre Ruzand. Plus rien à envier « aux autres ».
J’en ai retiré plein d’enseignements, de cette sortie.
-Dans ton bidon étanche, des barres de céréales tu auras !
-Sur ton casque une lampe frontale étanche tu installeras !
-Une corde de secours tu prendras !
-Ton bon sens tu écouteras (et pas forcément ton équipier si tu sens qu’il te dit des conneries)
Si on avait pas réussi à décoincer cette corde, si Gilles s’était cassé une cheville plutôt que de se la torde (il s’en ressentira d’ailleurs pendant plusieurs semaines), j’imagine bien la bonne nuit que l’on aurait passé, mouillés, enveloppés dans nos couvertures de survie…mais SURTOUT, surtout, c’est à cette occasion que j’ai vraiment découvert Gilles et son caractère. J’ai décidé à ce moment que je pouvais le suivre au bout du monde (ce sera le Chili). Autant, il a juré comme un charretier contre cette p…n de n.m de d..u de b…l de m…e de corde quand elle était coincée, autant quand ça été fini, ça été fini et il a retrouvé le sourire « banane » et la plaisanterie.  Le plaisir d’être dans un cadre magnifique (même si à la fin, cela se  limitait aux halos de nos lumignons), le plaisir d’avoir bien géré une bonne galère, même si nous avons fait preuve d’un brin d’optimisme dans la préparation approximative de notre sortie. La crise a été gérée quand il a fallu qu’elle le soit, jamais il n’a râlé sur moi (ou si peu et dans le feu de l’action) et surtout, il n’y a pas eu de -
-« je te l’avais bien dit ! »
- « ilauraifallu ! »
-« tavéka ! »
-« tauraidu !
-et « cétafautt ! »
Ça, j’aurais pas supporté.
Ce jour là, j’ai gagné un ami, et ça, ça n’a pas de prix. Pour le reste il y a….
Pour conclure, on a regagné nos voitures à 22h, bien bouffé car on était affamés (et hilare quoique ça n’a rien à voir).

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